December 6, 2018 / 3:36 PM / 7 days ago

Lassés, les gérants de fonds se détournent de Facebook

NEW YORK (Reuters) - Entre une réputation qui n’en finit pas d’être écornée et une rentabilité en déclin, Facebook ne fait plus envie aux gérants de fonds américains, dont près d’une centaine ont déjà complètement soldé leurs positions au sein du premier réseau social mondial depuis le début de l’année.

Entre une réputation qui n'en finit pas d'être écornée et une rentabilité en déclin, Facebook ne fait plus envie aux gérants de fonds américains, dont près d'une centaine ont déjà complètement soldé leurs positions au sein du premier réseau social mondial depuis le début de l'année. /Photo prise le 3 juin 2018/REUTERS/Régis Duvignau

Ces ventes de titres ont exacerbé le repli de l’action Facebook, qui, au cours de clôture de mardi de 137,93 dollars, a chuté de près de 37% depuis un record en séance à 218,62 dollars atteint le 25 juillet. Elle affiche désormais une baisse de 21,8% depuis le début de l’année, contre une progression de 3,7% pour l’indice Nasdaq, à forte pondération technologique, sur la même période.

Dans les premiers échanges jeudi, la valeur reculait de 2,3%, sous le coup d’un abaissement de recommandation de Stifel. Le courtier prédit que la défiance croissante envers Facebook va avoir sur le long terme des conséquences négatives sur l’activité du groupe.

Que ce soit pour son rôle dans la diffusion de “fake news” ou dans l’affaire Cambridge Analytics, société qui a détourné les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs, le réseau social ne cesse d’être au centre de la controverse.

Dernier exemple en date, un parlementaire britannique a déclaré mercredi que Facebook avait par le passé proposé à une poignée d’entreprises, dont Netflix et Airbnb, des informations personnelles d’utilisateurs, prêtant à nouveau le flanc aux accusations selon lesquelles le groupe monnayait ces données.

Selon des données Lipper, une division de Refinitiv, des fonds communs tels que Fidelity Investments, Hartford et Putnam, se sont au total délestés de près de 12 millions de titres cette année.

Des fonds alternatifs axés sur la croissance ne sont pas en reste: Jana Partners et Third Point LLC ont ensemble vendu 3,7 millions de titres Facebook, selon des avis boursiers.

CONTRACTION DE LA MARGE

Après s’être débarrassés des actions Facebook - dont la progression avait aidé Wall Street à enchaîner les records au cours des dernières années - ces fonds privilégient des entreprises du secteur du paiement - comme Visa et Worldpay - ou celles de biens de consommation courante telles que PepsiCo et Chef’s Warehouse.

“Les révélations du premier trimestre concernant les données personnelles, les inquiétudes croissantes relatives à la sécurité des données et la réglementation (...) devraient peser fortement sur la croissance des bénéfices dans les trimestres à venir”, dit Jim Hamel, gérant de portefeuille chez Artisan Global Opportunities.

Le 26 juillet, le titre Facebook a perdu près de 19% en une seule séance, le groupe ayant prédit une forte hausse de ses coûts en raison de ses efforts pour mieux protéger la vie privée de ses utilisateurs et renforcer la surveillance des contenus partagés sur son application.

Le fonds de Jim Hamel, qui a liquidé sa position en mai, a réalisé une plus-value de près de 400% avec Facebook dont il avait acquis des titres lors de l’introduction en Bourse en mai 2012, au prix de 38 dollars l’action.

Jim Hamel dit avoir investi ses gains pour renforcer ses positions dans le secteur mondial en forte croissance des spécialistes des paiements numériques, tels que Worldpay, dont les actions sont en hausse de 12% depuis le début de l’année.

Greg Woodard, directeur de Manning & Napier, explique que sa société, qui avait commencé à acheter des actions Facebook à 20 dollars en novembre 2012, a vendu la totalité de son portefeuille cette année.

Les dernières prévisions de Facebook “confirmaient réellement la contraction de la marge qui avait commencé à nous inquiéter et lorsque nous avons comparé le prix et nos prévisions de croissance future, cela ne correspondait pas”, déclare-t-il.

Greg Woodard ajoute que sa société a renforcé ses positions dans le spécialiste des logiciels EPam Systems, le géant des sodas PepsiCo et Amazon, lorsque le titre du géant de la distribution en ligne était dans un creux.

ACTION “DÉCHUE”?

Alors que l’action Facebook se négocie maintenant à un prix plus attractif après sa forte baisse, des doutes sur la capacité du groupe à maintenir et à accélérer sa croissance pourraient la placer sur un terrain flou, entre valeur de croissance et “value stock”. La première séduit les investisseurs en quête de croissance rapide. La seconde, ceux à la recherche de valeurs décotées au regard de leurs fondamentaux.

“Une fois qu’un investisseur en valeurs de croissance met une entreprise sur le banc de touche, il lui est difficile de le quitter”, dit Todd Rosenbluth, directeur de la recherche en fonds communs de placement chez CFRA. “Lorsqu’une action est perçue comme une action de croissance déchue, elle perd de son attrait, alors qu’un prix en baisse pour une entreprise décotée peut souvent la rendre plus attrayante.”

Greg Woodard dit que sa société n’achèterait plus d’actions Facebook pour ses fonds de croissance mais qu’elle les placerait dans un fonds axé sur “les entreprises qui doivent se réparer elles-mêmes”, s’il en achetait encore.

Pour que cela se produise, le cours de l’action Facebook devrait être “sensiblement inférieur”, précise-t-il.

Benoit Van Overstraeten et Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité par

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