June 13, 2018 / 7:46 AM / 4 months ago

Aquarius: Conte envisage d'annuler sa rencontre avec Macron

ROME/PARIS (Reuters) - Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, envisage d’annuler sa rencontre prévue vendredi à l’Elysée avec le président français, Emmanuel Macron, a-t-on appris mercredi de source gouvernementale italienne, sur fond de crispations diplomatiques sur la question migratoire.

L'Italie a fait savoir mercredi qu'elle jugeait "inacceptables" les critiques de la France sur son attitude dans l'affaire du navire humanitaire Aquarius et que ces propos mettaient en péril les relations entre Rome et Paris. /Photo prise le 12 juin 2018/REUTERS/Karpov/SOS Mediterranee

Giuseppe Conte songe à “repousser son voyage à Paris”, a dit la source. “Pour le moment, les conditions (d’une réunion) ne sont pas réunies”, a-t-elle ajouté.

Interrogé sur cette perspective, Emmanuel Macron a déclaré n’avoir aucune information sur le sujet. “Je ne fais pas de commentaire sur les commentaires”, a-t-il dit en marge d’une visite aux Herbiers (Vendée).

Rome a dit ce mercredi juger “inacceptables” les critiques de la France sur son attitude dans l’affaire de l’Aquarius, un navire d’une association humanitaire ayant recueilli des migrants que l’Italie a refusé d’accueillir.

Ces déclarations émanaient du ministre des Affaires étrangères Enzo Moavero, qui a convoqué dans la matinée l’ambassadeur de France à la suite de ces critiques.

Dans la foulée, le ministre italien de l’Economie, Giovanni Tria, a annulé une rencontre prévue mercredi après-midi avec son homologue français Bruno Le Maire à Paris. Un nouveau rendez-vous aura lieu dans quelques jours, assurait-on mercredi après-midi à Bercy.

Emmanuel Macron avait évoqué mardi “une forme de cynisme et d’irresponsabilité” dans la décision du nouveau gouvernement populiste italien de ne pas accueillir l’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée et de Médecins sans Frontières à bord duquel se trouvent 629 migrants recueillis au large de la Libye.

Gabriel Attal, le porte-parole du parti du président français, La République en marche, avait ajouté que la position italienne le faisait “vomir”.

“Nous n’avons rien à apprendre en ce qui concerne la générosité, le volontarisme, l’accueil et la solidarité”, a riposté au Sénat le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini.

Vice-président du Conseil et chef de la Ligue (extrême droite) alliée au Mouvement cinq Etoiles (M5S, antisystème) au sein du gouvernement, Matteo Salvini a appelé la France à présenter des excuses et a rejeté les critiques d’un pays bloquant régulièrement les migrants à la frontière franco-italienne.

“INJUSTIFIABLE”

Dans la matinée, la chargée d’affaires de l’ambassade de France, Claire Anne-Raulin - en l’absence de l’ambassadeur français, Christian Masset -, a été convoquée par le chef de la diplomatie italienne. Enzo Moavero a souligné lors de cet échange que les déclarations françaises mettaient “en péril les relations” bilatérales et jugé le “ton employé” “injustifiable”.

Quelques minutes plus tard, le ministre français des Affaires étrangères publiait un communiqué pour dire que la France était ouverte au dialogue et à la coopération avec Rome dans le domaine de l’immigration.

Le Quai d’Orsay s’y dit “parfaitement conscient de la charge que la pression migratoire fait peser sur l’Italie et des efforts que ce pays fournit”.

En déplacement en Vendée, Emmanuel Macron a dénoncé une manipulation de l’émotion et une provocation de la part de certains dirigeants italiens tout en rappelant le travail de coopération “exemplaire” entre Rome et Paris depuis un an sur la question migratoire.

“N’oublions pas qui nous a parlé et interpellé, nous connaissons les mêmes” en France, a-t-il dit à des journalistes.

INACTION “CRIMINELLE”

La France a accueilli près de 32.000 migrants l’an dernier, sur un total de 100.000 demandes. L’Italie a reçu elle plus de 640.000 migrants ces cinq dernières années qui traversent la Méditerranée en partant des côtes africaines pour accoster sur l’île sicilienne de Lampedusa.

“Si les Français ont l’humilité de s’excuser, nous pourrons mettre cette histoire derrière nous et redevenir amis comme avant”, a souligné dans la matinée Matteo Salvini.

“Nous ne changerons pas (de position) sur les navires appartenant à des organisations non gouvernementales. Les navires appartenant à des organisations étrangères et battant pavillon étranger ne peuvent pas dicter la politique d’immigration de l’Italie”, a-t-il par ailleurs réaffirmé dans un entretien accordé au Corriere della Sera.

Seule l’Espagne a accepté de recevoir le bateau de SOS Méditerranée. Les dirigeants nationalistes corses ont proposé que le bateau accoste dans l’île, mais Paris s’y est opposé.

Mercredi matin, un bateau des gardes-côtes avec 937 migrants à bord a accosté mercredi à Catane, en Sicile tandis que l’Aquarius faisait route pour Valence où il devrait arriver samedi.

Le Haut Commissaire aux Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a déploré que l’Italie ou Malte aient refusé d’accueillir l’Aquarius tout en estimant que la responsabilité de la politique migratoire incombait à l’Union européenne.

SOS Méditerranée a appelé les Etats européens à trouver une solution politique face à l’inaction “criminelle” de l’Union européenne.

avec Marine Pennetier à Mouchamps et Myriam Rivet à Paris, Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié et Nicolas Delame pour le service français

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below