July 11, 2018 / 4:57 PM / 4 months ago

Le sommet de l'Otan dominé par les exigences de Trump

BRUXELLES (Reuters) - Le premier jour du sommet de l’Otan a sans surprise été dominé mercredi par la question des efforts de défense, au coeur d’un bras de fer entre Donald Trump et ses partenaires qui ont insisté sur l’importance de préserver l’unité de l’alliance militaire dans un contexte sécuritaire incertain.

Les Etats-Unis "payent beaucoup trop", a répété le président américain à la presse dans la matinée lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg dans la capitale belge. "C'est disproportionné et injuste pour les contribuables des Etats-Unis". /Photo prise le 11 juillet 2018/REUTERS/Kevin Lamarque

Au terme d’une journée au cours de laquelle le président américain aura maintenu la pression sur ses partenaires tout en soufflant le chaud et le froid, les 29 dirigeants réunis à Bruxelles se sont une nouvelle fois engagés à consacrer d’ici 2024 au moins 2% de son PIB à leur budget défense.

Dans une déclaration commune, ils réaffirment leur “attachement inébranlable” aux objectifs fixés en 2014, sources de tensions avec Donald Trump qui estime que les efforts de ses alliés à prendre leur part “du fardeau” tardent à se concrétiser.

Selon un responsable de la Maison blanche, le président américain, qui avait exigé dans la matinée que le seuil des 2% soit atteint “immédiatement”, aurait demandé à ses partenaires - en vain - un effort supplémentaire et de porter leurs dépenses militaires à 4% du PIB, une demande déjà formulée par le passé par Donald Trump.

Le locataire de la Maison blanche avait donné le ton de la rencontre dès les premières heures de la journée, en estimant que les Etats-Unis “payaient beaucoup trop” et que le système actuel était “disproportionné et injuste” pour le contribuable américain.

Lors d’un entretien avec le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, il s’en était également pris à l’Allemagne, qu’il avait accusée de ne pas tenir ses engagements budgétaires et d’être “prisonnière” de Moscou, en raison du projet de gazoduc Nord Stream 2 qui doit relier la Russie à l’Allemagne via la Baltique.

“Donc nous sommes supposés vous protéger contre la Russie et vous lui donnez des milliards de dollars, je pense que c’est très inapproprié”, a-t-il déclaré.

En fin d’après-midi, le président américain est apparu souriant aux côtés de son homologue français Emmanuel Macron avec lequel il a eu un entretien “dans une ambiance amicale” selon l’Elysée, qui a précisé que Donald Trump avait rappelé son “attachement personnel à l’Europe”.

“PARTENARIAT ESSENTIEL”

Réclamé de longue date par Washington, un rééquilibrage de l’effort de défense entre alliés de l’Otan a pris une nouvelle dimension sous l’administration de Donald Trump qui a fait monter ces derniers mois la pression sur ses partenaires, allant jusqu’à adresser à certains d’entre eux une lettre de rappel fin juin.

Selon l’Otan, en 2017 seuls les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Estonie, la Grèce et la Pologne ont atteint les 2% du PIB en matière d’effort de défense - la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie devraient à leur tour atteindre ce seuil en 2018. La France table elle sur 2025.

“Nous sommes d’accord pour dire qu’à l’Otan il n’y a pas de partage équitable des charges”, a reconnu Jens Stoltenberg. “Certains alliés souhaiteraient voir une augmentation plus rapide mais nous allons dans la bonne direction”, a-t-il ajouté appelant à préserver “en dépit des désaccords et des discussions franches” l’unité de l’alliance dans un contexte incertain.

“L’Otan est une bonne alliance (...), tant que nous sommes unis, nous préserverons cet environnement sécuritaire qui nous est cher à tous”, a-t-il déclaré.

“Un partenariat transatlantique solide est absolument essentiel dans le monde d’aujourd’hui”, a renchéri le Premier ministre belge Charles Michel dans ses propos introductifs à la réunion de travail, estimant que “la coalition a toujours été en mesure de surmonter les obstacles”.

“Nous nous défendons les uns les autres, nous nous protégons les uns les autres et c’est au coeur de ce qui nous unit”, a-t-il ajouté, dans une allusion à l’article 5 qui stipule qu’une attaque menée contre un de ses membres est considérée comme une attaque dirigée contre tous les alliés.

RÉUNION A HELSINKI

Une source de la présidence française a pour sa part mis en garde contre un “affaiblissement” de l’Otan, qui se traduirait “à terme” par une “source de dépenses encore plus grandes que celles que nous connaissons aujourd’hui”.

L’enjeu de l’unité est de taille à quelques jours de la rencontre prévue à Helsinki entre Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine, farouche opposant à l’Alliance atlantique dont il voit d’un mauvais oeil les mesures censées garantir la sécurité dans les pays de l’Est de l’Otan.

“Il faut être forts et fermes (face à la Russie) et tant que nous resterons unis, nous pourrons avoir un dialogue politique avec les Russes”, a estimé le secrétaire général de l’Otan.

Dans la déclaration commune, les 29 chefs d’Etat et de gouvernement indiquent qu’ils ne “transigeront pas sur les principes”, qu’ils ne reconnaîtront jamais l’annexion “illégale” de la Crimée par Moscou en 2014 et qu’ils maintiendront leur “présence avancée dans la partie orientale” de l’alliance.

Après un dîner de travail organisé dans la soirée au musée d’art et d’histoire du Cinquantenaire de Bruxelles, la journée de jeudi sera rythmée par une réunion sur la sécurité en mer Noire et une autre sur la mission “Resolute Support” en Afghanistan en présence du président afghan Ashraf Ghani.

Avec Robin Emmott, édité par Yves Clarisse et Benoit Van Overstraeten

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